Cartographie et toponymie : XVIe – XVIIe, conclusion

XVIe – XVIIe : Conclusion

Il ne paraîtra pas illogique ou anticipé de dire que la cartographie particulière de Saint-Pierre et Miquelon précédant le traité d’Utrecht fut dominée par l’influence malouine et granvillaise. Est-ce pour cette raison que l’île Miquelon ne fut pas l’objet d’une étude cartographique française aussi détaillée que Saint-Pierre ?

stpetersmapOn pourrait invoquer le fait que l’île Miquelon n’ait pas de havre protégé et que par conséquent la cartographie de la plus grande des îles n’était pas justifiée. En réalité il est plus raisonnable de dire que la cartographie de Miquelon fut ignorée par les Français car l’île était un pied à terre exclusivement Basque. Outre l’origine euscarienne du nom même de l’île, les références dans les routiers d’Hoyarçabal en 1579 et de Detcheverry en 1677 ne font qu’accréditer cette division ancienne de l’archipel[i].

Le rapport de William Taverner de 1714 fait d’ailleurs état d’un navire basque français dans le port de Miquelon : « I sailed to and surveyed the northernmost bay of Manyclon, where was a French Biscayer afishing, I also required the master of her to give security for his good behaviour, upon the bottom of that bay is clean sand, good anchor and ground for ships to ride in, and beach enough for 400 boats, it’s also a good place for catching and curing of fish, but very foggy, the French men informed me that 14 ships used to fish there at one time.  » L’île de Miquelon était bel et bien un havre de pêche basque. – Le rapport complet de William Taverner

planbayeEn conséquence, s’il existe une cartographie particulière de Miquelon au XVIIe, elle pourrait exister dans les archives du Pays basque. L’avènement d’une activité cartographique intense poussée par le centralisme étatique français ne signifie pas que nous devons nous attendre au même élan de la part de toutes les régions côtières d’Europe.

Sur le plan cartographique, on peut généraliser l’étude de ce groupe de cartes et dire que les tracés sont imprécis, parfois même brouillons à l’exception des travaux de l’Hermitte. La déformation et l’exagération du barachois de Saint-Pierre, point focal de toute l’activité économique de l’île, par rapport à l’île entière, est la caractéristique commune des cartes levées par les capitaines et habitants.

Il n’y a ici rien de surprenant ; ces cartes, en particulier les deux cartes anonymes étudiées ci-haut, étaient destinées à un lectorat particulier qui n’avait pas besoin d’une précision militaire mais d’une simple représentation subjective adaptée aux perceptions visuelles de leur activité. On exagérait donc l’importance des étendues des graves par rapport au contour de l’île ; on négligeait les alignements et l’orientation générale.

Quant à la toponymie, elle présente un intérêt historique certain, d’autant plus que le nombre de toponymes ayant survécu cette époque est assez maigre. Les noms propres comme Lizardie, Belleorme, Hoguerie, Malabrie, tomberont vite en désuétude après l’abandon de la colonie de Plaisance par la France en 1713. D’autres noms propres, plus enclins à refléter la nouvelle composition de la population, lors du repeuplement en 1763, feront alors leur apparition sur les cartes. Les quelques toponymes qui survivront l’abandon de 1713 sont déjà les plus anciens de l’époque et se rattachent souvent à des points incontournables de la géographie locale. Ainsi l’Ile aux Chiens, le Barachois, le Grand Colombier et le Cap à L’Aigle seront encore présents sur les cartes de Saint-Pierre plus de deux cents ans plus tard.


 

[i] Marc Cormier. Toponymie ancienne (voir note 1), 29-45.


Note : cette série d’articles fut rédigée entre 1997 et 2004 dans le cadre d’une œuvre consacrée à l’histoire de la cartographie et de la toponymie de l’archipel. Le projet n’ayant abouti, les ébauches vous sont livrés tels quels avec pour seul objectif de mieux faire connaître cette facette particulière de notre histoire.

Cartographie et toponymie des îles Saint-Pierre et Miquelon.
De 1579 au traité d’Utrecht

Marc Albert Cormier

Marc Albert Cormier est originaire des îles Saint-Pierre et Miquelon. Passionné par l’histoire de son archipel natal, il a consacré d’importants moyens à la mise sur pied de ce projet d’encyclopédie virtuelle et historique.

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