1884 – Rapport sur les vaccinations pratiquées en France

Note : cet article concerne une campagne de vaccination antivariolique aux îles Saint-Pierre et Miquelon selon la technique de « bras-à-bras », c’est à dire qu’on prélevait sur une personne récemment vaccinée le pus des pustules formées pour inoculer d’autres sujets. Cette méthode présentait le risque de transmettre d’autres maladies et le taux de mortalité était tout de même de l’ordre de 2%. L’obligation vaccinale fut pratiquée au 19e siècle dans les colonies avant la métropole.

Aux îles Saint-Pierre et Miquelon, notre confrère le docteur Cotte, médecin de 1re classe de la marine, nous a transmis les résultats obtenus en 1883 et 1884 avec le vaccin envoyé par l’Académie. En voici le résumé joint à quelques détails sur l’organisation du service de la vaccine dans notre colonie :

« J’ai l’honneur de vous expédier ci-inclus les deux bulletins relatant la date et le résultat des inoculations pratiquées aux îles Saint-Pierre et Miquelon en 1883 et 1884 avec le vaccin qui nous a été expédié par l’Académie de médecine.

« En 1883, j’ai dû employer deux tubes à vaccin pour obtenir un résultat positif; un seul tube m’a suffi en 1884.

RÉSULTATS DE 1883.
Date de l’envoi 5 mai.
Date de la vaccination 12 juillet.
Nombre de piqûres: 3 à chaque bras.
Age du sujet : 4 ans 5 mois
Résultat : 6 belles pustules.

RÉSULTATS DE 1884.

Date de l’envoi 7 juin.
Date de la vaccination. 10 juillet.
Nombre de piqûres: 3 à chaque bras.
Âge du sujet : 3 ans.
Résultat : 6 pustules superbes.

« Chaque année, le sujet vacciné a servi de vaccinifère, et j’ai pu ainsi, en pratiquant la vaccination de bras à bras, vacciner tous les enfants de la ville de Saint- Pierre qui n’avaient pas encore subi cette opération.

«J’ai pratiqué, en 1883, 102 vaccinations et une revaccination ; le résultat de cette dernière a été négatif, mais tous les résultats connus des vaccinations ont été positifs.

« En 1884, j’ai pratiqué 135 vaccinations et 4 revaccinations : résultat négatif pour ces dernières et résultat positif pour toutes les vaccinations.

« Le service de la vaccine est absolument gratuit aux îles Saint-Pierre et Miquelon; il est seulement recommandé aux parents de ramener les enfants une semaine après l’opération. On juge ainsi du résultat, qui est consigné sur un registre spécial, et l’on choisit le ou les
vaccinifères qui doivent servir pour l’inoculation des nouveaux enfants présentés. On ne délivre gratuitement le certificat de vaccine qu’aux enfants qui sont ramenés dans la huitaine qui suit la vaccination ; c’est le moyen à la fois le plus pratique et le plus sûr de
revoir les enfants vaccinés.

« En 1884, j’ai essayé le vaccin recueilli l’année précédente et conservé dans des tubes, mais les résultats que j’ai obtenus ne sont pas encourageants; les pustules résultant de l’inoculation de ce vaccin étaient petites et n’évoluaient pas comme les vraies pustules vaccinales.

« Il y a tout lieu de supposer que les basses températures de l’hiver, dans nos îles, doivent avoir une influence marquée sur le virus vaccinal conservé dans des tubes pendant près de dix mois.

«Je crois donc que, pour éviter tout mécompte, il est indispensable de faire renouveler le vaccin chaque année par un envoi de France. »

Marc Albert Cormier

Marc Albert Cormier est originaire des îles Saint-Pierre et Miquelon. Passionné par l'histoire de son archipel natal, il a consacré d'importants moyens à la mise sur pied de ce projet d'encyclopédie virtuelle et historique.

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