1929 – Un siècle d’apostolat aux îles Saint-Pierre et Miquelon

Pentecôte sur le monde : revue bimestrielle des missions et des œuvres des Pères du Saint-Esprit de France, de Belgique, du Canada et de Suisse

Paris, 1929.

UN SIÈCLE D’APOSTOLAT
AUX ILES SAINT-PIERRE ET MIQUELON

Quand vous partez de Nantes, prenez la largade devant vous ; ne montez pas à droite surtout, c’est la route d’Islande. Attention à gauche, laissez de côté les Açores ; filez tout droit, et, quand vous aurez filé ainsi tout bonnement3.780 kilomètres, alors : stop ! vous voilà à Saint-Pierre !

Ce n’est pas la calanque sûrement ; c’est le Barachois ; il y a bien des bastides là-haut, mais pas la moindre pinède. Figurez-vous une vaste étendue d’eau salée ; puis, au milieu, battus par le ressac, des rocs entassés, tels Pélion sur Ossa ; enfin, sur ce fond de roches croulantes, distribuées en longue perspective, plusieurs rangées de constructions en bois, que domine une croix gigantesque. De l’eau, des rochers, des cabanes, voilà tout le paysage, quand le soleil consent à l’éclairer ; mais dès que surgit la brume, — et elle règne trop souvent, pendant les mois d’été, — alors, on ne voit plus rien ; rien que la brume opaque, froide, intense !… C’est un pays un peu extraordinaire, que celui des pêcheurs de morue, où la belle saison, en somme, c’est l’hiver. Ici, la nature est toujours en blanc ; on ne voit que neige : dans la rue, sur les toits, sur la montagne, partout. Ajoutez à cela les mugissements d’une mer habituellement en furie ; les coups de vent du nord, qui soulèvent les toitures et balancent les maisons au gré de la rafale ; alors c’est le poudrin, qui vous aveugle, vous renverse, vous étouffe ! Il est presque impossible de risquer le nez au dehors.

A Saint-Pierre, les beaux jours sont courts, et de plus ils sont rares : on peut le dire. Pourtant le ciel sourit quelquefois ; et d’ailleurs, il fait bon vivre dans nos petites maisons de bois, coquette set fleuries, où le confortable ne fait jamais défaut. Si la nature montre un visage austère, sur ces rochers stériles, du moins les cœurs y sont d’or et les caractères ont la souple vigueur de l’acier. En réalité, ces îlots lointains, uniquement peuplés de Français de France : — Basques, Normands et Bretons, — sont moins une colonie qu’un prolongement de la patrie au-delà du « Grand Lac Salé », que forme l’Atlantique. C’est assurément, de toutes nos colonies, la plus française.

« Les trois îles, qui la composent, dit un auteur contemporain, semblent trois pierres détachées du collier magnifique de nos côtes bretonnes et portées là-bas par quelque tempête d’avant l’histoire…; la ressemblance des deux pays est singulière et frappante : même ciel gris et pluvieux, même lumière mélancolique pour éclairer la falaise, qui baigne ses pieds de granit dans des eaux en révolte.

Le paysage des terres n’est égayé par aucun arbre, et les ruisseaux qui se tordent, comme des anguilles dans l’Océan, ne donnent à ce rocher que le printanier sourire de quelques prairies ».Saint-Pierre, Miquelon, l’Ile-aux-Chiens, ces trois ilôts sont les derniers vestiges de nos colonies royales de la Nouvelle-France. Il faut reconnaître, avec Robert de Caix, que « ce débris d’empire semble bien mélancolique et minuscule à qui, des mornes de Saint-Pierre, à peine hauts de 200 mètres, l’embrasse d’un seul coup d’œil, voyant l’horizon de la mer monter, à l’ouest comme à l’est de cette dernière relique du plus magnifique domaine qui se soit jamais offert à une nation européenne ».

Et pourtant, sur cet âpre Rocher, perdu au sein des Océans, noyé parmi les vastes possessions anglaises, une poignée d’intrépides marins, à la Foi profonde, monte la garde, — sentinelle avancée, — à l’ombre de nos couleurs ; et seule, dans un splendide isolement, maintient toujours radieux le prestige du nom français !

Le 20 juillet 1826, les habitants de Saint-Pierre acclamaient joyeusement la Béarnaise qui, partie de Toulon, le 7 avril, entrait au Barachois, après 104 jours de traversée. Tous les regards se portaient d’instinct vers deux jeunes religieuses, à la robe azurée,

qui venaient révéler aux pêcheurs du Banc le grand cœur de la Mère Javouhey. Sœur Xavier Lucarelle, — qu’on appelait aussi Sœur Marthe, —avait 26 ans ; sa compagne, Sœur Dorothée Laflet, en comptait seulement vingt-deux. Elles se présentaient avec une bonne simplicité, leur modeste bagage en main, pour ouvrir dans les âmes un sillon, où, depuis un siècle, germe le bon grain, qui produit au centuple.

« Vous savez que c’est là-bas qu’on pêche la morue, leur avait dit la sainte Fondatrice. Il y fait très froid, mais on n’y est jamais malade que par accident ! »

Sur cette parole de leur Mère, elles étaient venues sans hésitation, sans crainte. Chaleureusement accueillies par le commandant Borius et par le Supérieur ecclésiastique, M. Ollivier, les petites Bleues se mirent aussitôt à la besogne ; assurer le service de l’Hôpital militaire, visiter les malades à domicile, puis, en guise de repos, faire l’école aux petits enfants. Elles eurent vite gagné toutes les sympathies, mais ce ne fut point sans une joyeuse surprise qu’elles entendirent leurs jeunes élèves les appeler familièrement« Ma Tante » en signe d’affection et de déférence. D’autres sont venues depuis, nombreuses et empressées, à mesure que les œuvres se développèrent.

Ainsi, depuis cent ans, les Sœurs de Saint-Joseph de Cluny, —hospitalières et enseignantes, — accomplissent leur double tâche, avec un inlassable dévouement, parmi les Pêcheurs de morue du Banc de Terre-Neuve. Leur apostolat embrasse trois périodes distinctes, que nous appellerons’: les Débuts, —l’Organisation, — la Transformation.

La première période vit créer, au prix d’efforts soutenus, les œuvres essentielles. Pendant vingt-cinq ans, — de 1826 à 1850, —une vingtaine de Religieuses se dévouèrent à l’Hôpital et aux Écoles, sans jamais dépasser, à la fois, le nombre de huit, dont six à Saint-Pierre et deux à Miquelon.

Ces débuts, lents et difficiles, furent comme le prélude d’une période de plein progrès, où, pendant près de cinquante ans, s’épanouissent merveilleusement toutes les œuvres d’éducation qui donnent leur plein rendement (1850-1900).

Un millier d’enfants fréquentent les Écoles ; 35 religieuses consacrent aux divers établissements toute leur activité ; 5 à l’Hôpital,4 à 1 ’Ouvroir Saint-Vincent, 17 au Pensionnat Saint-Louis de Gonzague et aux Écoles communales, 2 à l’École Maternelle, 4 à Miquelon et 3 à l’Ile-aux-Chiens.

La dernière phase, que l’on peut appeler : une période d’épreuves et de résurrection, couvre une étape d’une trentaine d’années, où les institutions florissantes, • qui avaient donné leurs preuves de vitalité, sont impitoyablement sacrifiées, les unes après les autres, entre 1892 et 1906, pour laisser surgir, au début du vingtième siècle, une efflorescence d’œuvres nouvelles, plus indépendantes d’allure et appelées à prendre, de jour en jour, un heureux accroissement.

Ce fut, pour les Religieuses, une vive douleur de se voir contraintes à abandonner, coup sur coup, les malades de l’Hôpital les orphelines de l’ouvroir, les fillettes des Écoles. Leur unique consolation demeure d’avoir pu continuer à se dévouer en silence, sur un champ d’action plus restreint, avec l’espoir de jours meilleurs, dont nous saluons dès maintenant la radieuse aurore.

Seul, le Pensionnat, fondé en 1858, a dépassé vaillamment son premier cinquantenaire, en dépit de tous les dangers qui mettaient son existence en péril. Autour de cette fondation principale sont venues se grouper successivement les Écoles Maternelles et les Écoles Libres, qui sont, pour l’avenir, le plus ferme espoir de la Préfecture Apostolique.

Au cours du siècle écoulé, les œuvres Saint-Pierroises ont subi le contre-coup des événements, tour à tour favorable sou hostiles, sans que jamais les patientes Sœurs de Saint-Joseph aient songé à se relâcher de leur charitable labeur. Elles se prodiguent, aujourd’hui comme dans le passé, avec un zèle que rien ne saurait lasser ni décourager. La voie qu’elles ont parcourue, depuis 1826, fut souvent une voie douloureuse, jonchée de croix et pavée de tombes dont plusieurs déjà sont glorieuses.

Trois vies de femmes également admirables jalonnent cette voie austère, héroïque : Mère Xavier, Mère Marie-Joseph, Mère Béatrix de Jésus.Mère Xavier Lucarelle fut l’âme de l’entreprise et toutes les créations ultérieures s’appuient sur- la dalle de son tombeau. Elle succombe, après un laborieux apostolat, à la fleur de l’âge (1836).

Mais ces dix années d’un dévouement sans bornes, sont un exemple pour tous.« Elle a su, par ses vertus et sa charité à secourir les malades et les malheureux, mériter l’estime et l’amour de tous ceux qui l’ont connue, Son zèle ardent à remplir ses devoirs a hâté sa mort ;mais elle emporte dans la tombe les regrets de toute une population qui la pleure à jamais. (Epitaphe de Mère Xavier).

Pour développer, fortifier, organiser les Œuvres dont Mère Xavier, avait jeté les premiers fondements, et pour en établir de nouvelles, la Providence suscita Mère Marie-Joseph. Elle marqua, de sa forte empreinte, tout le bien accompli dans le pays durant un demi-siècle (1840-1891).

Mère Marie-Joseph Vernet « s’éteignit après avoir édifié la colonie pendant 58 ans, par son grand caractère, sa douceur, sa charité évangélique. Créature d’élite, elle passait au milieu de nous en faisant le bien, en versant le baume sur chaque plaie, en portant la consolation et l’espérance aux cœurs meurtris, aux âmes brisées ». (Dr Pascalis).

« Son influence était due à une intelligence extrêmement lucide, à un esprit sagace et avisé, à une volonté inflexible, à une douceur inaltérable. La Mère Marie-Joseph savait obtenir ce qu’elle voulait, arrêtant sur les lèvres de son interlocuteur, par une réflexion brève et incisive, l’objection qu’elle voyait poindre ; opposant aux idées qui ne lui plaisaient pas, un silence qui en disait plus long que les paroles. C’était à tout point de vue, une femme remarquable, au maintien humble et digne, qui, dans le poste en vue qu’elle occupa, a laissé l’exemple des plus nobles vertus chrétiennes ».

La succession de la Mère Marie-Joseph n’était point facile. Il fallait une autre nature d’élite pour sauvegarder les œuvres, en face d’une administration devenue susceptible et tracassière. Après la Mère Baptistine Armand, qui ne fit que passer, le choix des Supérieures s’arrêta sur Mère Béatrix de Jésus.

Déjà l’horizon se chargeait de sombres nuages présageant la tempête. Bénies de Dieu et des hommes, les Œuvres bienfaisantes :Collège des Pères du Saint-Esprit, Ecoles des Frères de Ploërmelet de Saint-Joseph, avaient atteint l’apogée de leur développement quand la tornade de laïcisation s’abattit sur elles. Calme et intrépide, Mère Béatrix, sut tenir tête au choc. « Elle était admirablement douée : cœur viril, « gerens cor adamantinum », vues droites, sentiments d’une grande délicatesse, caractère énergique ».

Habilement secondée, elle réussit à sauver le Pensionnat, et avant de disparaître, (1911) le cœur brisé par tant de violentes secousses, elle eut la consolation suprême de donner vie à l’Enseignement libre dans la Colonie.

Dans ses rapports quotidiens avec les diverses Administrations(qui n’étaient pas toujours également favorables), Mère Béatrix avait su constamment faire apprécier sa largeur de vues, sa loyauté parfaite, son esprit d’entente et de conciliation. Si bien qu’au lendemain de la fermeture des écoles communales (1906), on pouvait, grâce à sa courageuse initiative, ouvrir une École libre, favorablement accueillie, et, aussitôt, en pleine prospérité. Monseigneur Légasse se plut à lui rendre officiellement un témoignage de religieuse vénération au nom de la population tout entière. « Elle a donné l’exemple d’un dévoûment généreux, qui ne s’est jamais démenti. Toujours elle fut empressée à venir en aide au clergé. C’était vraiment une Sœur de Saint-Joseph de Cluny ».A ces trois noms qui nous sont chers, à si juste titre, il convient d’en ajouter quelques autres dont la popularité ne fait que s’accroître chaque jour : la chère Sœur Sidonie, « Mémé Victoire », la petite Mère Saint-Clément et enfin la bonne, la vénérée Sœur Césarine. Cuisinière de l’Hôpital, en 1840, Sœur Sidonie se fit remarquer de suite par son savoir-faire, non moins que par son grand dévoûment. En dépit d’une santé débile, elle soigna, pendant quinze ans, les pauvres malades, avec un courage surhumain. Son esprit

de sacrifice, vraiment héroïque, marque d’un cachet spécial la première période des institutions hospitalières de la Colonie. Sœur Victoire Bernard n’est pas moins admirable. Elle donna52 ans (toute sa vie active) au service des Marins hospitalisés, et elle demeure célèbre parmi eux sous le nom de « Mémé Victoire ».« C’était une femme de valeur. Elle faisait si bien qu’elle était indispensable. Elle était toujours prête à se rendre utile. Pas d’opération chirurgicale, pas de pansement auxquels elle ne prêtât son précieux concours ». — (Dr Soffe).

La Sœur Victoire était de celles pour qui le dévoûment a cessé d’être un devoir pour devenir un besoin. C’est à son école que fut formée la chère Sœur Césarine. Arrivée dans la Colonie en septembre 1869, pour le service de l’Hôpital militaire, Sœur Césarine, qui avait déjà fourni une campagne en Chine, — fut l’ange consolateur des malheureux marins jusqu’à l’époque néfaste des laïcisations (1904). Pendant les 35 ans qu’elle passa au chevet des malades, elle fit sept quarantaines au Lazaret, en temps d’épidémie de variole.

En arrière de la pointe Nord-Est de l’Ile-aux-Chiens se trouve une terre déserte, base d’un groupe de récifs allant de l’Ile Pelée aux Canailles. Cette terre, l’Ile-aux-Vainqueurs, (ancienne Ile-aux-Bours) s’étend, du Sud au Nord, sur une superficie de 12 hectares environ. Elle a la forme d’un croissant qui s’ouvre vers la rade.  Du côté de l’océan, ce ne sont que masses rocheuses, accores, battues et rongées par la houle. Le versant opposé descend en pente douce et se couvre d’un mince gazon, qu’une chèvre tondrait en un jour.

C’est là que s’abritent, dans le creux du rivage, au pied d’un cap peu élevé, quelques cabanes en planches, une modeste demeure pour le gardien et un minuscule enclos aux rares légumes, qui constituent l’installation sanitaire dénommée pompeusement : « Lazaret ».

On y est totalement séparé du monde. Quand la mer est forte,— les trois quarts du temps, — il est impossible d’aborder sans courir le risque de se briser contre les roches traîtresses qui garnissent le fond. Par temps calme, les embarcations s’arrêtent à quelques cents mètres, attendant une barque à fond plat, qui se détache de la rive, conduite à la gaffe, par un passage balisé extrêmement dangereux. Bref, il faut une vraie nécessité pour se rendre à l’Ile-aux-Vainqueurs, et quiconque ;s’y trouve a grande hâte d’en sortir !

On pourrait sans doute lui appliquer ces paroles de Dante :Lasciate ogni speranza voi ch’ entrâte !

Et pourtant l’espérance y pénétra plus d’une fois, avec a blanche cornette de Sœur Césarine qui se fit, au péril de sa vie, la dévouée servante des varioleux.

On lui décerna deux Médailles d’or de i re classe, trois Diplômes avec médailles d’argent, qui allèrent rejoindre, dans un coin discret, les décorations de Mémé Victoire : Médaille de bronze pour son héroïsme pendant le choléra de 1854, Médaille d’argent de 1re classe (1855), Médaille d’argent et Médaille de bronze avec Diplômes (1873-1878-1880).

Malgré tous ces témoignages de respectueuse gratitude, celles qui savaient adoucir la souffrance, durent se résigner à quitter l’Hôpital… au grand regret des malades, qui, après vingt ans, ne sont pas encore consolés de leur départ. Chez tous, sans distinction de rang ou d’opinion, c’est un cri unanime : « Qu’on nous rende donc enfin nos bonnes Sœurs ! »

Miquelon a conservé pieusement le souvenir de la « Petite Mère »Saint-Clément, qui fut, pendant cinquante-deux ans, la Providence des malheureux. Les Miquelonnais ne sont pas riches, mais ce sont de braves cœurs. Ils eurent vite compris et apprécié le zèle de leur bonne Mère. Leur Curé ne craignait pas d’affirmer qu’on lui devait la majeure partie de tout le bien accompli dans la paroisse, au cours d’un demi-siècle (1850-1901).

« Elle était de ces âmes héroïques, d’un dévouement exemplaire, qui ne reculent devant aucun sacrifice ».

Nous ne pouvons citer que les disparues, mais les Sœurs qui les viennent remplacer à tour de rôle, héritières de leur surnaturelle charité, occupent la même place dans l’âme reconnaissante de tout un peuple qui les admire et les aime.

Comment ne pas saluer particulièrement la Doyenne de la Communauté ? Arrivée à Saint-Pierre en 1861, Directrice de l’Ouvroir pendant trente ans, (1876-1905), la petite Mère Cécile représente à elle seule, un demi-siècle d’apostolat.

De frêle apparence, cette fine Parisienne, dont notre Ministre des Colonies, M. Sarraut, admirait les spirituelles réparties, démontre, par l’exemple, qu’on peut vivre cent ans sous le ciel de Terre-Neuve ; elle justifie le mot de la Mère Javouhey : « On n’y est malade que par accident »

En ces fêtes du centenaire, Mère Cécile voit passer dans son souvenir tous les visages aimés qui lui tinrent compagnie sur le Rocher, et dont plusieurs contemplent déjà l’autre versant des« Collines éternelles ».

Vous irez, sans crainte, à votre heure. Mère Cécile, de Saint-Pierre… à saint Pierre…, et celui de là-haut, sûrement, vous fera bon accueil. Mais demeurez encore un peu avec la vaillante pléiade qui vous entoure, frémissante de surnaturelle ardeur pour les saintes tâches qui lui incombent. Là où vous avez tenu, elles tiendront, conservant le « feu sacré » que vous ont transmis les premières générations, et qu’elles transmettront à leur tour aux générations suivante. Lampada tradent !

La présence constante des Religieuses de Saint-Joseph sur le Rocher de Saint-Pierre a, entre autres résultats inappréciables, celui d’affiner les mœurs de cette laborieuse population ; de donner aux Saint-Pierroises une culture d’esprit et de cœur, base de la bonne éducation, qui assigne une place hors pair à l’élément féminin chez nous : jeunes filles aimables et modestes, ménagères intelligentes et attentives, épouses dévouées, mères courageuses, les femmes Saint-Pierroises font fleurir, à chaque foyer, les vertus religieuses et sociales qu’elles ont puisées près de leurs « Mères »de Saint-Joseph de Cluny.

Il est à remarquer que les deux premières Sœurs arrivées dans la Colonie, et qui furent les pierres fondamentales de l’entreprise, y succombèrent en pleine activité, victimes de leur zèle, l’une à Saint-Pierre, l’autre à Miquelon. L’exemple de ces deux fondatrices de nos Etablissements continue d’être suivi par les âmes généreuses venues au cours du siècle sur le Rocher de Saint-Pierre. Sur cent-neuf, dix-huit, après un long et laborieux apostolat, reposent au milieu de nous, en attendant la Résurrection bienheureuse. Honneur à leur mémoire, paix à leurs cendres !D’autres furent appelées à se dépenser sous des cieux plus cléments. Mais leur séjour, plus ou moins prolongé dans la Colonie, y fut toujours fécond.

Que leurs noms, à elles aussi, soient bénis de notre population reconnaissante. Que la mémoire de toutes ces dignes filles de la Mère Javouhey soit en vénération tant qu’il restera entre la Pointe de Galantry et le Cap-à-1’Aigle, quelques Saint-Pierrois au cœur fidèle.

David. S. Sp. (Sœurs servantes du Saint-Esprit)

Grand Colombier

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