1889 – Les ours « savants » chez Léon Hirriberi

Feuille officielle de Saint-Pierre et Miquelon
11 octobre 1889

Ours savants — Tous les soirs un curieux spectacle attire au café de M. Léon Hirriberi une nombreuse société. Deux ours très bien dressés émerveillent la galerie par leurs talents aussi souples que variés. Le mâle s’appelle Jean – Pierre, la femelle Joséphine. Leur éducation est parfaite à tous deux. Ils imitent avec une vérité étonnante le soldat, le chasseur, le berger, le laboureur, le jardinier, voire même « les hommes qui aiment le bon vin, quand ils sont pris de boisson … pendant le carnaval . » Et avec quelle gravité Jean Pierre tend la patte , pour qu’on lui tâte le pouls . « Vous avez un peu de fièvre , de colique et de mal de dents, a observé son excellent dompteur, mais je vous guérirai ça avec un pain de six livres . » Voilà une médecine à bon marché.

Où le spectacle acquiert un point culminant d’intérêt, c’est quand vient le moment de la lutte à main plate. Un jeune athlète, ordinairement mal peigné et peu débarbouillé, se présente pour tomber l’ours. Il hésite d’abord, l’ours étant debout et se défendant avec ses deux pattes de devant pour empêcher qu’on le prenne à bras-le-corps. Mais le dompteur vient à l’aide du gamin. «Il faut le gaffer» dit-il. Excellent conseil! Et le gamin glissant sa tête sous celle de l’ours empoigne la bête poilue qui cherche à ne pas perdre l’équilibre, en opposant à l’étreinte de son adversaire le poids de sa masse. Lutte très indécise! L’ours est plus fort, mais le gamin est plus adroit, et un croc-en-jambe subrepticement lancé a généralement raison de l’ours qui n’y entend pas malice. Applaudissements, apothéose du gamin et de l’ours qui roulent l’un sur l’autre, suivant les cas, mais toujours sans rancune, comme il convient à de valeureux champions qui s’apprécient mutuellement.

On répète souvent, sans trop savoir pourquoi: « poli comme un ours. » Encore un dicton qu’il faut mettre au rancart. Avant de prendre congé de l’honorable «société », les deux ours affublés d’un chapeau se découvrent et saluent, si bien que leur impresario se croit en devoir d’ajouter: « Ces animaux qu’on dit féroces et carnassiers ne sont pas rebelles à la vertu, voyez comme ils m’aiment, voyez comme ils m’embrassent ! » Et le maître approche sa figure du museau de ses élèves, qui n’ont pas l’air si ours qu’ils en ont l’air.

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