1918 – La nouvelle de l’Armistice et les événements du 11 et 12 novembre

53° Année. N 217. Semaine du 15-30 Novembre 1918

Signature de l’Armistice
La signature de l’Armistice, implorée par l’Allemagne vaincue, a donné lieu dans la colonie à d’enthousiastes manifestations.

La nouvelle fut connue à St-Pierre dès le 11 novembre au matin, par des télégrammes de presse qu’un cablogramme de M. le Ministre des colonies venait presqu’aussitôt confirmer. Saint-Pierre et la commune voisine de l’Ile-aux-Chiens étaient en quelques instants, littérament couverte de drapeaux aux couleurs alliées et les navires ancrés dans le port dans le barachois hissaient leurs grand pavois, cependant que le Chef de la colonie annonçait officiellement au Conseil d’Administration réunie le grand événement du jour.

En même temps, une sale de 101 coups de canon était tirée au quai de l’Armée d’Italie par les marins-cannonniers du dépôt de Saint-Pierre, les cloches des Églises sonnaient à toute volée, les sirènes des usines et des navires retentissaient.

Le soir à 21 heures, une imposante manifestation était organisée par les soins de la municipalité. La population toute entière venait acclamer la France et ses Alliés dans la personne de leurs représentant et célébrer la Victoire des peuples démocratiques. Sur la place du Gouvernement l’enthousiasme était indescriptible. Le Chef de la Colonie parut sur le perron de la terrasse de l’hôtel du Gouvernement el fut accueilli aux cris de vive la France, vivent les Alliés, vive l’Administrateur. Après avoir remercié la population des sentiments que si spontanément elle avait manifestés, l’Administrateur ayant à ses côtés le Maire de Saint- Pierre et son Chef de Cabinet prononça le discours suivant :

Mesdames,
Messieurs,

Nous célébrons aujourd’hui le plus grand jour de l’Histoire, celui du triomphe éclatant (le la France et des peuples démocratiques. L’Allemagne vaincue a imploré un armistice dont les conditions ont été dictées par le Marechal Foch. Suivant l’exemple de ses complices, la Bulgarie. la Turquie et l’Autriche-Hongrie, elle est venue, humble, dans les lignes Alliées, demander elle-même le châtiment des crimes qu’elle a commis contre le sol des Nations civilisées, contre les personnes et contre l’Humanité.

L’écho des derniers coups de canon va se répercutant de par le monde, délivrant les peuples de l’angoisse poi-pante. dans laquelle ils vivaient depuis plus de quatre ans, marquant ainsi l’heure de la justice immanente et celle de l’existence, désormais définitive, de l’Humanité libre. Cette heure que nous attendions, sonne dans une apothéose de gloire. Nous la devons aux vainqueurs de 1914, a ceux qui leur ont survécu, s nos soldats d’hier, a nos soldats d’aujourd’hui, a ceux de nos Allies qui, dans une union sacrée, se sont levés et sont venus se grouper autour des nôtres pour la défense du droit violé et de la liberté menacée, à nos chefs, à leurs chefs qui sous la direction du grand homme qu’est le Maréchal Foch ont, de nouveau, en Juillet 1918, sur la Marne, empêché la réalisation du rêve d’orgueil des germaniques.

Sur les rives sacrées de cette rivière, contre les poitrines des soldats du droit, s’est brisée la ruée barbare, se sont écroulés le prestige et l’esprit de domination de l’Allemagne guerrière. Cette heure, nous la devons également à la persévérance, à la ténacité, à la confiance inébranlable du peuple de France et de ceux des Nations Alliées, dont le moral élevé n’a jamais faibli, n’a jamais connu le doute, même aux heures difficiles où l’émotion la plus cruelle étreignait les cours. Nous la devons, aux Chefs des États de l’Entente, à l’éminent Président de la République Française, à leurs Gouvernements, au Grand Français qu’est le Président du Conseil, qui ont su, sagement, froidement, énergiquement créer l’unité de but, l’unité de commandement nécessitées par la situation et coordonner tous lus efforts. La valeur des soldats, la science des chefs, la confiance des peuples, la direction habile des gouvernements, donnent aujourd’hui au sacrifice des héros et à leurs magnifiques victoires la suite que l’Humanité attendait.

Le 11 novembre 1918 est la date qui marque cette ère, à laquelle les générations futures feront commencer une époque nouvelle de la Civilisation.

Gloire aux Artisans de la Victoire !

Soldats, survivants des batailles les plus sanglantes, qui avez porte à l’ennemi le coup décisif qui l’a terrassé.

Soldats, dont la tenace abnégation, la farouche décision, les souffrances et les blessures ont fait se lever l’aube réparatrice, vers vous monte l’hommage de reconnaissance, d’admiration et d’amour de la France et des peuples libérés.

Soldats, qui dormez dans un linceul de gloire ! O Morts immortels, dont le sacrifice a préparé le Jour que nous vivons ! O Morts, dont les yeux se sont fermés, soit dans la vision douloureuse d’un avenir incertain, soit dans la vue du triomphe prochain, vous êtes tous tombé avec le même courage sur la place marquée de ce sol qua vous défendiez. Vous n’êtes pas tombés en vain, vous n’êtes pas morts tout entiers ! Votre esprit et vos âmes impérissables vivront éternellement parmi nous, Et, en ce jour sacré où la victoire couronne nos drapeaux, notre gratitude pieusement reconnaissante exalte vos mémoires. Demain, la France meurtrie par cette longue guerre mail grandie par vous, continuera dans l’union de tous ses enfants a poursuivi sa tâche civilisatrice. Les fils de ce sol sanctifie par votre sang font le serment de rester dignes de vous.

Et vous, Enfants, espoir de la France de demain, qui, assistez à cette épopée sublime, vous, dont les souvenirs du. jeune Age seront marques de la tristesse, des souffrances, des deuils de ces cruelles années de guerre., vous qui voyez écrite: aujourd’hui par vos mains, la plus belle page de notre Histoire, vous devrez, pour, servir de toutes vos forces la Patrie, ne rien oublier des souvenirs que vous avez dans l’âme. Les Soldats de la République ont écrit de leur sang cette noble Page. S’il ne vous est pas donné d’égaler leurs exploits, vous ferez en sorte que, par votre labeur immense, cette France dont vous aurez à faire la renaissance, soit digne do celle qui fut si grande et si belle, dans la douleur et dans l’épreuve. Et qu’en vous, Enfants, se grave ce souvenir.

La France, offrant en holocauste, dès le début de l’horrible tourmente, à la Civilisation menacée, le sang des meilleurs de ses fils, les douleurs de ses populations opprimées, son sol ravagé, ses villes incendiées, ses monuments détruits a arrêté l’envahisseur. Ce sont ces sacrifices qui ont permis aux Nobles Nations Alliées de lever, de former ces admirables soldats qui animés du même sentiment de fraternité affectueuse, du même esprit d’héroïsme et de sacrifice, sont venus prendre place dans l’armée du droit qui a refoulé le flot puissant de la barbarie et achevé l’oeuvre de délivrance universelle.

Pour la France, vos aines ont souffert des souffrances indicibles et sont morts. Ils l’ont faite glorieuse dans le Monde, vous la ferez féconde.

Si nous-nous réjouissons de cette Victoire, si nous magnifions la mémoire des morts, si nous glorifions les soldats de toutes les races qui ont fait ce triomphe, commémorons les Mères qui les ont enfantés. Elles sont en première place a cette Victoire. Ces enfants qui, formé par l’exemple de vos vertus, ont sauvé la. France et à travers elle l’Humanité, ces Héros que vous pleurez avec un sentiment de fierté tt d’orgueil vous font, Mères sublimes, l’offrande de la Victoire.

Je rends un hommage profond aux Enfants de la Colonie qui se sont si intimement, si noblement associés à la gloire de la Mère – Patrie, par une valeur et un courage que leurs chefs ont particulièrement distingués. Que la douleur des parents de ceux qui sont morts soit atténuée par le souvenir glorieux de la grandeur du devoir qu’ils ont accompli. Ils sont de ceux qui ont sauvé la France et avec elle l’Honneur, le Droit et la Liberté.

Vivent la France Immortelle et ses Armées républicaines !

Vivent les Alliés!

Vive Saint-Pierre et Miquelon !

Des applaudissements frénétiques accueillirent les paroles du Chef de la Colonie. Les cris de: Vive la France, Vivent les Allies, furent mille fois répétés par la foule qui entonna ensuite «La Marseillaise».

Le 12 novembre des salves de 21 coups de canons étaient tirées a 8 heures, à  midi et a 16 heures. A 9 heures, le Chef de la Colonie accompagne des Chefs d’Administrations et de Services et de nombreux fonctionnaires se rendait à l’invitation que lui avait adressée Mgr le Supérieur ecclésiastique d’assister à un Te Deum en l’honneur de la Victoire des Armées Alliées que célébra dans une émouvante et patriotique allocution M. le R. P. David. Entre temps, l’Administrateur recevait la visite de MM. les Consuls de S. M. Britannique et des Etats-Unis d’Amérique.

Sur l’avis du Conseil d’Administration, il mettait à la disposition des Présidents des Bureaux de Bienfaisance de la Colonie un crédit pour être distribue, sous forme de secours immédiats, aux indigents des trois communes. Le soir, les édifices publics étaient illumines, la Société Musicale se faisait entendre sur la place du Gouvernement et un feu d’artifice mis gracieusement à la disposition de l’Administrateur par le « Club nautique », était tiré sous la direction de M. le Président de la Chambre de Commerce.

Une retraite aux flambeaux, suivie par toute la population qui alla de nouveau acclamer les représentants des nations alliées clôturait ces fêtes pendant lesquelles la colonie, ne cessa de manifester son admiration et sa gratitude pour les héroïques soldats des armées de la République et des Alliés.

Grand Colombier

Le GrandColombier.com est un site recensant tout document historique ayant un lien avec les îles Saint-Pierre-et-Miquelon : traités, cartographie, toponymie, archives, sources primaires, études, recherches, éphémérides. Le site est dirigé par Marc A. Cormier.

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