1884 – Élection d’un Délégué : M. Tranchevent

L’Administration a reçu de MM. Paturel, H. Lecharpentier, Duluc dit Louis Henrique et A. Tranchevent, candidats à la délégation près le Conseil supérieur des Colonies, les professions de foi suivantes, qu’elle se fait un devoir d’insérer dans la Feuille officielle de la colonie, ce journal étant le seul organe de publicité dont on puisse disposer à Saint-Pierre.

Élection d’un Délégué au Conseil supérieur des Colonies

Profession de foi : A. TRANCHEVENT, Commissaire-adjoint de la marine, en retraite.

Habitants de St Pierre et Miquelon,

Dans quelques jours, vous allez être appelés à choisir un délégué au Conseil supérieur des Colonies. Sur les conseils d’un groupe d’amis, je viens vous offrir mes services et solliciter vos suffrages.

J’ai occupé divers emplois dans l’Administration de Saint-Pierre, depuis le grade de commis de marine, jusqu’à celui de Commandant p. i.

C’est vous dire que j’ai été à même de connaître et aujourd’hui de juger quels sont les besoins les plus urgents et les réformes les plus nécessaires à apporter à l’état de choses actuel.

Je n’entrerai pas dans le détail des réformes à réclamer, vous les connaissez comme moi.

La tutelle administrative a fait son temps ! Nous assistons à la naissance d’aspirations d’autant plus fortes qu’elles ont mis longtemps à se faire jour.

Les habitants de Saint-Pierre et Miquelon ne sont pas plus arriérés que n’importe quelle population française; je dirai même qu’avec les notions américaines du Self Government, qui ont pénétré jusqu’ici, on constate chez vous un niveau supérieur pour ce qui est compréhension des libertés locales. Faut-il résister longtemps à cette vérité claire comme la lumière du jour, c’est qu’en fait d’intérêts communaux, personne mieux que les intéressés ne sait ce qui convient.

Le commerce de la colonie s’est sensiblement augmenté depuis quelques années; de nouveaux règlements sont indispensables et pourtant les vieux arrêtés locaux, les ordonnances surannées qui entravent le commerce existent toujours.

C’est à l’oeuvre que vous jugerez votre délégué, et si vous avez fait un heureux choix. Votre mandataire devra s’efforcer d’obtenir de la Métropole, non seulement les réformes administratives qui sont nécessaires, mais aussi, l’aide matérielle, c’est-à-dire les sommes indispensables à l’accomplissement des travaux en projet.

La construction de vos goëlettes de pêche et l’encouragement qu’il faudrait accorder à des entreprises, difficiles dans notre colonie, dépourvue des matériaux nécessaires à la construction, et qu’il faut importer de l’étranger, est un point essentiel sur lequel on n’a pas jusqu’à présent attiré l’attention ni réclamé l’aide du Gouvernement, et dont dépendent non seulement l’existence, mais aussi le bien-être de la classe ouvrière et des ateliers de travail.

Pourquoi ne réclamerait-on pas pour Saint Pierre ce qui existe pour la Métropole: la Prime à la construction ? Les armateurs seraient encouragés à faire construire ici leurs goëlettes de pêche et la colonie entière aurait sa bonne part des avantages que procurerait cette prime. Dans tous les pays, la construction des navires est encouragée par tous les moyens :

Entrée en franchise des matériaux pour construire, etc.

Le Gouvernement de St-Jean de Terre Neuve, lui-même, accorde une prime à la construction, et vos voisins de la baie de Fortune sont sous ce rapport plus heureux que vous.

Il ne faut pas oublier que la pêche locale, dont on s’est déjà, il est vrai, occupé dernièrement, mérite à tous égards d’être protégée et encouragée par tous les moyens possibles.

Votre mandataire ne devra pas perdre de vue cette classe laborieuse de pêcheurs qui concourt à la fortune du pays.

Pour obtenir toutes ces réformes et tous ces encouragements pour le bien-être du pays, Electeurs, il faut élire pour votre mandataire, un homme indépendant, connaissant vos idées, vos besoins et initié aux rouages administratifs dans lesquels vous êtes maintenant trop à l’étroit. –

Ayant quitté le commissariat pour rentrer dans la vie privée, je suis complètement libre, et si vous me chargez de votre mandat, mes loisirs me permettront certainement d’accorder tout mon temps au bien de vos intérêts.

Je n’ajouterai plus qu’un mot, mes chers concitoyens : j’ai passé la moitié de ma vie au service de l’Etat, je vous demande à passer l’autre moitié au service de vos intérêts et pour faire triompher vos espérances. J’apporterai dans l’accomplissement du mandat que vous m’octroierez le même zèle, le même soin scrupuleux, la même activité qui ont fait la dignité de ma carrière administrative.

A. TRANCHEVENT,

Commissaire-adjoint de la marine, en retraite.

Grand Colombier

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