De 1891 à 1918 – Le Fourneau économique de Saint-Pierre

Les informations suivantes sont extraites du Journal Officiel de Saint-Pierre-et-Miquelon, entre 1891 et 1918.

La création administrative du Fourneau économique

En novembre 1891, un arrêté fut publié au journal officiel annonçant la création d’un Fourneau économique, pour venir en aide aux plus démunis de l’archipel. Face aux mauvaises campagnes de pêche, le gouverneur voulut dans un premier temps monter une société de bienfaisance, mais les besoins se faisaient pressants et l’organisation d’une société lui semblait trop chronophage.

« J’ai pensé que l’institution d’un Fourneau économique qui distribuerait, au prix de dix centimes, des rations de nourriture substantielle, rendrait à cet égard de grands services. Ma première  idée avait été de former dans ce but une Société de bienfaisance. Mais l’hiver est bien proche, l’organisation d’une Société demande beaucoup de temps, et nous risquerions d’arriver trop tard. Dans ces conditions, peut-être le Conseil général voudra-t-il s’associer à la pensée de l’Administration en votant une subvention de deux mille francs. 

Il suffira d’ouvrir un compte spécial dans les écritures du Trésor afin que la subvention que le Conseil général voudra bien, je l’espère, voter à cette œuvre, puisse se grossir du produit de diverses souscriptions ou fêtes de charité.

Pour ma part, si le Conseil général veut bien voter les 3,000 francs qui lui seront demandés pour mon service de secours, je verserais sur ce crédit une somme de 1,000 francs au profit du Fourneau économique.

Ces trois mille francs nous suffiront pour nous permettre de commencer à fonctionner. Les personnes charitables pourront s’associer à notre œuvre en  acquérant des bons de rations qui leur seront livrés à 10 centimes et qui leur permettront de donner des secours sous la forme la plus pratique.

Je vous prie, Monsieur le Directeur, de vouloir bien, en conséquence, communiquer cette lettre au Conseil général, et lui demander une subvention de deux mille francs qui nous permettra d’inaugurer sans retard cette utile institution.

Si cet essai réussit, il sera possible, l’an prochain. de créer une Société privée. de bienfaisance, qui continuera l’œuvre commencée par l’Administration. Tous nos efforts seront d’ailleurs dirigés vers ce but. » – P. FEILLET, Gouverneur des îles St-Pierre et Miquelon à Monsieur LE DIRECTEUR DE L’INTÉRIEUR

Le gouverneur de Saint-Pierre-et-Miquelon, sur l’avis et la délibération du Conseil général d’octobre 1891, prit donc les dispositions financières nécessaires pour qu’un compte spécial soit inscrit au budget de la colonie. C’est un M Emile Baron qui fut nommé l’administrateur du Fourneau économique, responsabilité qu’il cumulait avec son statut de Chef du secrétariat du gouvernement et de secrétaire-archiviste. M Baron était chargé de la comptabilité et la direction du service.


Fonctionnement et financement

Le crédit qui fut inscrit au compte du budget local pour ce Fourneau économique était de 3000 francs, soit l’équivalent de 7000 euros. Le Fourneau économique procédait alors par adjudication publique des fournitures auprès des négociants qui pouvaient prendre connaissance du cahier des charges au bureau des fonds.

Chaque ration distribuée coûtait 10 centimes, payable comptant ou contre remise d’un bon. Nous savons, grâce aux archives, que cette ration se constituait comme suit :

  • Un demi-litre de bouillon;
  • Une ration de viandes et de légumes ;
  • Une ration de haricots;
  • Une ration de riz;

Les réserves habituelles du Fourneau économique comprenaient de la viande (bœuf et mouton), du saindoux, des pommes de terre, des carottes, des choux et choux-raves, des oignons, des haricots, du riz et bien entendu de la farine, du poivre et des épices. Outre les réserves alimentaires, le Fourneau économique devaient aussi se procurer des réserves énergétiques sous forme de schiste pour l’illumination des locaux et le charbon de terre pour les fours.

Le Fourneau économique était ouvert de 10 heures du matin à midi, et de 5 à 7 heures du soir. Située dans une ancienne forge des travaux, il fallut dépenser 439 francs pour l’achat de matériel de fonctionnement. Une cuisinière et une aide furent rémunérés 360 francs pour cet exercice. Le Fourneau cessait ses activités au printemps, et proposait le remboursement des bons achetés jusqu’au 25 avril.


Rapport d’Émile Baron en mai 1892

En mai 1892, suite à la présentation du rapport sur Fourneau économique, il fut alloué une indemnité de 450 francs à M Emile Baron pour son dévouement à la direction de cet établissement. Selon les rapports présentés, ce sont plus de cent familles qui ont été aidées pendant quatre mois et demi (novembre à la mi-avril). La somme dépensée en fin d’exercice était de 1600 francs, soit 16 francs par famille. En terme de rations, ce sont 21 901 rations qui furent délivrées, donc 17 233 contre des remboursements en argent et 4668 en échange de bons. Le Fourneau économique vit une grande influence en décembre avec 336 rations par jours, puis à partir du 15 décembre jusqu’au 1er mars, les demandes se tassèrent pour ensuite fortement diminuer pendant le temps du carême. Dans la conclusion d’Émile Baron, il affirmait qu’à moins d’un nouvel hiver très rigoureux, que cette institution ne serait pas nécessaire. Il se trompait. Le 1er décembre 1892, le Fourneau fut à nouveau ouvert pour desservir la colonie.


Le Fourneau économique de 1893 à 1918

L’automne suivant, le Conseil général délibérait quant à la suppression éventuelle du Fourneau économique pour l’hiver 1893-1894. Le conseiller Yon proposait que la direction soit dévolue à la Commission du bureau de bienfaisance alors que le conseiller Norgeot n’était pas du même avis. M Norgeot proposait que le crédit soit maintenu et l’institution mise en adjudication. Le Conseil général adopta la résolution du conseiller Norgeot.

Nous savons aussi qu’en janvier 1894, le Fourneau économique fut de nouveau ouvert pour desservir la population nécessiteuse. Trois ans plus tard, en octobre 1897, l’institution procédait à un nouvel appel à concurrence pour l’acquisition de fournitures pour la période du 1er décembre au 31 mars de 1898. L’administration était désormais sous la responsabilité de Louis Ozon. Le prix de la ration n’avait pas changé, toujours fixé à 10 centimes et proposant les mêmes rations.

À partir de l’année 1904, ce n’est plus l’administration de la colonie, mais la Mairie de Saint-Pierre qui recevait les offres de fournitures pour le Fourneau économique, notamment pour de la viande de bœuf et de mouton. À cette époque, le Fourneau économique était sous la responsabilité du bureau de bienfaisance de Saint-Pierre avec l’adjonction de M Gloanec, second adjoint au Maire et le Docteur Gallas, médecin municipal.

En 1906, le Fourneau économique est institué sous la forme d’un établissement de bienfaisance sous la gestion du Service de l’Intérieur, le maire de Saint-Pierre, le Président du conseil d’appel, un Service de l’Inscription maritime et un membre du bureau de bienfaisance de Saint-Pierre. En 1908, le Fourneau économique est toujours en activité, au même tarif de 10 centimes, mais fait nouveau, la Compagnie Française des câbles télégraphiques de l’Anglo-American telegraph company ont mis chacun à la disposition du Fourneau la somme de 500 francs.

En 1911, 1912 et 1913, des annonces dans le Journal Officiel invitaient les personnes charitables, désirant venir en aide à l’œuvre philanthropique du Fourneau économique, de faire leurs « dons et offrandes, en espèces ou nature » entre les mains du président ou de M Théophile Déminiac, secrétaire-trésorier. Nous savons aussi que des subventions régulières furent allouées par l’administration coloniale entre 1914 et 1918.


Questions

La lecture du Journal Officiel permet donc de savoir que ce Fourneau officiel existait pendant de nombreuses années et jouait un rôle essentiel pour venir en aide aux nécessiteux, nous savons que ce Fourneau se trouvait dans une ancienne forge et nous connaissons la composition des rations fournies. Nous ne savons rien en revanche sur les nécessiteux de Miquelon, de l’île aux Chiens, sur la conservation des aliments, leur préparation, les recettes utilisées, le profil moyen des nécessiteux qui fréquentaient ce lieu … une foule d’interrogations.

NB : l’illustration est celle d’un fourneau économique parisien contemporain.

Grand Colombier

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