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Les dernières années, chez les Jésuites de Nantes,
de la vie du dernier curé de Grand- Pré, en Acadie, Jean-Baptiste
Chanvreulx La déportation des habitants de l'Acadie,
mise en üuvre par l'Anglais à partir de septembre 1755 à Grand-Pré,
n'épargna évidemment pas les religieux. Bien au contraire, ceux-ci
se trouvèrent être les premiers ciblés puisque meneurs d'une
population catholique des plus croyantes. § A l'instar du fameux abbé Le Loutre, le dernier curé
ayant exercé à Grand-Pré, l'abbé Jean-Baptiste Chanvreulx,
fut aussi arrêté puis emprisonné à Halifax en août
1755 par les Anglais, transporté en Angleterre mais cependant, lui, libéré
et rapatrié en France bien avant le traité de Paris de 1763 si l'on
en juge par les faits qui suivent. Voici ce que l'on connaissait - ou croyait
connaître- jusqu'à présent : - Abbé Jean-Baptiste
CHAUVREULX, né à Orléans en France vers 1706, fit ses études
à Paris, où il entra chez les Sulpiciens; fut ordonné en
Canada par Mgr Dosquet, le 23 septembre 1730. Vicaire a Notre-Dame de Montréal
(1730-1731); à Paris en France (1731-1732); dans la Nouvelle à Ecosse,
(Ex-Acadie) premier curé de Windsor alors Pigiguit près des Mines
(1732-1736); curé de Pombcoup (1736-1739), encore de Pigiguit (1739-1746),
de Grand-Pré aussi appelé Rivière-aux-Renards (1),(1746-1755);
prisonnier des Anglais a Halifax (1755); retiré à Orléans
(1755-1760), ou il est décédé vers 1760 (2). Il est le dernier
curé de la paroisse de Grand-Pré où il arrive en octobre
1748 pour en repartir en août 1755, ayant été fait prisonnier
par les Anglais a Halifax d'où il fut rapatrié en France via
l'Angleterre (3). En réalité, l'ex missionnaire d'Acadie apparaît
avoir trouvé accueil non pas en terre Orléanaise mais dans un des
plus grands ports de la côte Atlantique en ou avant 1758. L'on peut même
imaginer ses occupations du 16 septembre de 1758, c'est à dire que
le Jean-Baptiste Chanvreulx, qu'accompagnait son supérieur le père
Bardelet, quittaient - on peut se représenter une calèche - la paroisse
Saint Clément de Nantes, longeaient le château des Ducs de Bretagne,
traversaient le pont qui reliait la Cité des Ducs de Bretagne à
l'île Feydeau, s'engageaient sur le " pont maudit", contournaient sur la
gauche les bâtiments de l'hôtel-Dieu (hôpital public) pour s'engager
sur les prairies de la Madeleine lesquelles conduisaient au pont de Pirmil ( tiendrait
son origine d'un moulin proche c'est à dire d'une Pierre à Mil ou
Millet selon certains historiens) pour s'enfoncer plein Ouest. Les villages de
Rezé, Bouaye, Sainte Pazanne, entre autres, laissèrent leur clocher
en arrière de la Calèche (4). Au terme de ce voyage d'environ
huit à neuf lieues et destination de leur préoccupation, le petit
village de Saint Cyr en Retz dont les marais salants s'éloignaient hélas
de plus de plus en faveur du Bourg neuf, situé plus avant vers la mer et
dont l'envasement progressif lui permettait encore d'être desservi par
un port. Là , en cette baie de Bourgneuf, - la Baye de Bretagne d'autrefois
au pays de Retz, la réalité les attendait, ainsi que plusieurs habitants
courageux et catholiques du petit village. C'est ainsi que Jean-Baptiste Chanvreulx,
ex-curé d'Acadie, comme sans doute son supérieur, prirent, avec
quelques habitants, la pelle et la truelle en main: « Le 17 septembre 1758,
a commencé la mission a l'église paroissiale de Saint Cyr en
Retz, par le T.R.P. Jean-Baptiste BARDELET, jésuite, et Jean-Baptiste CHANVREUX,
ex-curé de l'Acadie, son associé, tous les deux missionnaires apostoliques
et ordinaires du diocèse de Nantes . Ils ont plante une croix (5) dans
l'emplacement d'une serre appartenant à madame Bouteiller, qu'elle a délaissé
de son bon gré pour cette üuvre pie le 6 octobre, et, ont terminé
cette mission aux seuls frais et dépens du vicaire du lieu, le 8 octobre,
en y établissant le mois de septembre pour y être consacré
au Très Saint Sacrement, comme cela est dans presque toutes les paroisses
du diocèse, ce qu'ils ont fait avec un très grans zèle et
une édification la plus touchante, sans aucun autre intérêt
que la Gloire de Dieu. En foi de quoi ils ont signé avec de nombreux témoins.
Suivent les signatures de: Thomas BLAIN, clerc tonsuré, veuve Le BOUTEILLER
"équier", Abel Rousseau, Renaudineau, Pierre MONNIER, F. OLLIVIER, Michel
RENAUDINEAU, Louis AUBER >> (6). L'ex-missionnaire en Acadie, cité comme
appartenant aux Jésuites de la Communauté de Saint Clément,
communauté ayant - après bien des difficultés établissement
à Nantes depuis l'année 1663, laisse entendre que les Jésuites
de Nantes semblaient marquer un accord étroit avec les Sulpiciens , gens
de confiance des évêques de Nantes depuis près d'un Siècle
(7). L'éducation des jeunes étant dans l'ordre des choses au
sein de la Compagnie de Jésus, deux religieux de cette communauté
de Nantes dispensaient en l'endroit des cours d'Hydrographie. La communauté
des Jésuites de Nantes ne comptait qu'une dizaine de prêtres
mais de petites succursales existaient également tout autour de la
grande ville: Pornic, Monnières, Maisdon, le Loroux-Bottereau, Mauves,
Carquefou.. De l'une de celle-ci, possiblement celle de Pornic, avait déjà
eu lieu, en 1741, une autre mission, menée à Piriac par un
jésuite, natif de Québec, le P. François-Xavier Du Plessis
(8). Trois prêtres géraient celles de Nantes: Charles de Dessus-le-Pont,
supérieur de la résidence depuis 1747 environ et premier directeur
de la retraite des hommes, Jacques-Charles de Catuelan, prêtre procureur,
préfet de la Congrégation des Artisans et Jean-Baptiste Bardelet,
breton de la région de Vannes, arrivé à Nantes en 1751,
que nous avons vu ci- dessus lors de la mission à Saint Cyr, lequel
assistait le supérieur de la Communauté en tant que directeur-adjoint.
L'ex-curé de Grand-prè, que l'on sait être resté
en l'endroit y vécut suffisamment pour y connaître comme si l'Acadie
ne lui avait point suffi - un de ces ébranlements, une de ces tracasseries
parfois innommables que vécurent de tous temps les jésuites.
Après avoir subi les foudres de certains négociants, ces derniers
estimant nuls ou de fort peu de valeur les cours d'Hydrographie donnés
par la Communauté, celle-ci connut un bien petit incident qui prit
rapidement des proportions insoupçonnables. L'étincelle du conflit
éclata à l'occasion d'une mission donnée fin novembre
1758 par les pères Dessus-Le-Pont, De Catuélan et Bardelet.
Réunis autour de la table du curé de Maisdon, paroisse où
se déroulait la mission, en présence des vicaires de Maisdon,
du sieur La Croix, chirurgien, de René Bourgeois, recteur de Monnières
et de quelques autres personnes. Le père dessus-le- pont fit sans
doute la bêtise de sortir une ancienne édition d'un ouvrage
paru depuis des lustres, c'est à dire en 1647, et sans cesse réédité
. Le livre avait eu la malchance de sortir à nouveau des presses
au moment de l'attentat de Damiens, début juillet 1757, contre Louis
XV, et l'opinion publique en était toute imprégnée.
Cette sorte de recueil de divers auteurs, d'abrégé de théologie
écrit par un jésuite allemand, Busenbaum, reproduisaient les
doctrines traditionnelles des moralistes, telles que celle de Saint Thomas
d'Aquin, au sujet de mettre à mort un tyran. Le Parlement de Toulouse
( 9 septembre 1757) puis celui de Paris ( 5 décembre de la même
année) condamnèrent le livre au feu. Le père Dessus-le-Pont
eut donc la maladresse de montrer un exemplaire en sa possession et d'en
déduire certains commentaires comme celui de dire sur un ton de plaisanterie
que la France comptait maintenant bien trop d'étrangers et qu'il
faudrait bientôt envisager une nouvelle Sainte Barthélémy.
Engendrée par le recteur René Bourgeois, ci-dessus cité ,
lequel se révéla être un impitoyable ennemi des Jésuites,
développée par les pasteurs quenesllistes, la communauté
de Nantes, après permission d'informer demandée par le procureur
du Roi, requête du procureur aux fins de constituer prisonnier aux
prisons du Bouffay le père Dessus-le- Pont, vit, ce 21 février
1759, l'huissier-audiencier du Présidial et les cavaliers de la Maréchaussée
se transporter à l'hôtel de Briord, là où logeaient
et professaient les pères jésuites. Le père Dessus-le-Pont
avait trouvé bon de quitter discrètement la résidence. On
ne le revit pas de suite d'autant que, après quelques mois de calme
plat, l'affaire reprenait en début de cette année 1762 (9).
Après les affreuses nouvelles qui annonçaient l'arrivée,
en 1758 et 1759 principalement, - avec son cortège de malheurs -
des déportés acadiens à l'île d'Aix, Saint Malo,
Saint Servan et autres ports de la côte Atlantique, ce fut le naufrage,
consacré en 1773 par une bulle du pape et la dissolution de la Compagnie
de Jésus. L'abbé Jean-Baptiste Chanvreulx, dernier curé de
Grand-Pré, ne connut jamais la destinée finale des Jésuites,
ni les derniers soubresauts d'un conflit qu'il vécut au jour le jour
. Non pas qu'il regagna Orléans comme on peut le penser mais bien
parce que l'heure de son jugement personnel était quant à elle arrivée:
<< Messire Claude-Jean-Baptiste Chanvreulx >> (en marge) <<
Le vingt unième jour de mai mil sept cent soixante et un a été
inhumé au cimetière ( Nantes St Clément) le corps de
messire Claude Jean Baptiste Chanvreulx, prêtre, bachelier en théologie
de la Faculté de Paris, ancien missionnaire d'Acadie, décédé
hier à la communauté de St Clément, âgé
d'environ cinquante cinq ans, en présence des soussignés et
autres. Signé: Bouvet, Père, Baillot , ...?, De Véniero,
recteur (10). L'ancien curé de Grand-pré ne mourut vraisemblablement
pas à l'écart total de tout ce qui avait fait ses dix huit
ans de vie passés auprès de ses ouailles acadiennes. L'on
comptabilise quelque soixante marins issus du Québec ou de l'île
royale sur les navires nantais en 1758 et deux navires, « l'orphelin
de la Chine >> <<le Babillard >>, mettent à la voile pour Québec
cette même année. Quelques familles acadiennes ont déjà
trouvé refuge à Nantes. L'on peut nommer Joseph-Isidore Poirier,
arrivé en l'endroit vers 1740 et marié à Saint Similien
de Nantes avec une Daudet. Un Michel Pichot et sa femme, Perrine Guillon
ont aussi regagné Nantes vers 1750. L'un deux le rencontrait
possiblement de temps à autre le dernier curé dÎAcadie: Pierre Boudrot,
né justement en la paroisse acadienne de aint Joseph de la Rivière
aux Canards (11) que le curé avait vu grandir, et qui habitait justement
la paroisse Saint Clément en 1760. Dr Michel Poirier, Université
de Nantes. Article publié dans : Les Cahiers de la Société
Historique Acadienne, Juin 1999, Moncton, N.B., Canada. (1) :Note de
Ronnie-Gilles Le Blanc, Archiviste, Universite de Moncton: Grand-Pre n'est
pas connu sous le nom de Riviere-aux-Renards. Peut-être voulait-il
dire Riviere-aux-Canards? . (2) :J.-B.-A. ALLAIRE, Dictionnaire
biographique du clerge canadien- francais - Les anciens, Imprimerie de l'ecole
catholique des sourds- muets, Montreal, 1910, p. 118. (3) : Document
aimablement fourni par M. R-G. Le Blanc, cité. (4) : L'on aura compris
que si le déplacement mérite... confirmation quant à
sa date et son déroulement, que le chemin emprunté est celui le
plus court et le plus logique, à l'époque comme de nos jours. (5)
: Registres de Saint Cyr de Bourgneuf en Retz, année 1758, A.D.L.A. N.B.
Une visite approfondie sur place et contact auprès de M. Louis BERNARD,
érudit connaissant intimement l'histoire des monuments religieux de l'endroit,
indique que le seul calvaire correspondant dans le village serait celui
de "Haute-Croix" ( et non celui proche de l'eglise ) qui se situe en outre
et encore actuellement au coin d'un champ. (6) : Voir les registres état
civil de Bourgneuf St Cyr à la date citée. Egalement d'après
les notes complémentaires de fin de registre de la même année.
Archives Communales de Bourgneuf. (7) : Voir CANAL, Séverin, "La
Compagnie de Jésus au diocèse de Nantes, sous l'Ancien régime,
(1663-1762)" , imprimerie Oberthur, Rennes, 1946. (8) :Riondel H., "Piriac
sur Mer sous l'ancien régime" in Bull. Soc.Arch. de Nantes, t. LXXII, p
190. (9):Pour les détails complets du conflit, voir Canal Séverin,
Op. Cit. pp 114 et suiv. dont nous ne faisons ici qu'un résumé
fort concentré. (10):Source: Etat-Civil, Nantes, St Clément.
(11) :Pour les données ci-dessus voir Michel Poirier, "Les Acadiens
aux îles St Pierre et Miquelon, 1758-1828", Thèse, Nantes 1984,
publiée à Moncton, N.B. Canada, 1984 . |