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Un acadien condamné
et mort aux galères Article
paru dans "Les Cahiers de la Société Historique Acadienne", Vol
30, n° 3, septembre 1999. Moncton, Nouveau Brunswick, Canada, août 1999.
( Les articles dans Les Cahiers sont répertoriés dans Acadiensis,
Canadian Historical Review et la Revue d'histoire de l'Amérique française).
Le hasard de
la consultation des registres d'Etat-civil nous livrent quelquefois d'heureuses
surprises . Un acte mentionnant une nationalité acadienne attire
aussitot l'attention, surtout quand cet acte concerne un marin mort dans
un hopital francais en une période où l'Acadie est supposée
ne connaitre ni conflit ni malheurs. Ce fut le cas de l'acte de Louis
Poitevin que l'on peut qualifier de banal en estimant qu'après tout,
hormis la chance de la découverte, il n'y a là qu'un fait
assez logique d'un enregistrement de la mort d'un marin dans un port.
Voici l'acte de décès dont nous parlons: " Le douze juin mil
sept cent cinquante trois fut inhumé en le cimetierre de l'hôtel-Dieu
de Nantes le corps de Louis Poitevin, marin, fils de feu Estienne et de
delle Anne Degle (Daigle) de la presqu'île de l'Acadie de l'Engleterre
agé de quarante deux ans " (1). La
généalogie de la famille Poitevin va effectivement nous apprendre
que le marin est fils de Etienne et de Anne Daigle, quatrième
d'une famille qui comptera au moins treize enfants pour la plupart nés
a Port-Royal. La famille connut , pour la majorité de ses
membres, la triste destinée de la déportation. Si Jacques-Christophe,
né en 1698, en échappe et finit sa vie a
Montréal en 1747, sa soeur Marie-Judith, née en 1710, moura
peu apres son arrivée a Saint Servan , en fevrier 1759. Madeleine,
née en 1697, périra sur le "Violet", navire anglais les transportant
en France et naufragé sur les cotes du Portugal. Louis Poitevin
est le deuxieme du nom a porter le prenom. Le premier Louis naquit
le 3 octobre 1703 en la capitale de l'Acadie, mourut jeune et fut inhumé
en avril 1713 au cimetierre de la chapelle Saint Laurent du haut de la rivière,
en l'île Saint Jean . Quant au Louis ci-dessus, il est également
né à Port-Royal, le 30 août 1707,
et baptisé en l'endroit le 9 octobre suivant (2) . La
recherche du navire sur lequel le marin pouvait être embarqué se
révélera négative et nos possibles espoirs de découvrir
un bâtiment venant des côtes acadiennes... tomberont à
l'eau. En réalité, le seul document retrouvé sur Louis
Poitevin nous apprendra qu'il se trouve sur un navire du Roy. Le terme
de marin, comme ici en l'occurrence, peut cacher des destinées
très diverses voire insoupçonnées. Cependant,
il vrai que l'histoire commença alors que Louis Poitevin
était bel et bien un marin; un métier plus "terrien" ne l'aurait
possiblement pas entraîné là ou il finit sa vie: condamné
aux galères.
"Louis, par la grâce de Dieu, Roy de France et de Navarre, a tous ceux qui
verront.. salut, savoir... que vü par notre Conseil Supérieur du Petit
Goave, siégeant au Port au Prince au procez criminel extraordinairement
fait et instruit au siège de l'amirauté... et diligence du
procureur du Roy... contre Louis POITEVIN, de l'Acadie, français,
et les nommés Pierre BRUARD dit "Bocachica", François VELASER,
Jean BAPTISTE (Mulastre) et Antoine JOSEPH, espagnols, accusés,
prisonniers es prisons de la congciergerie, de la Cour... suivant sentence rendue
au dit siège le 20 février dernier (1753), par laquelle Louis POITEVIN
dûment convaincu de s'être embarque furtivement dans un corsaire espagnol
commande par le nommé Laurent DANIEL, d'avoir été témoin
de la prise faite par ce capitaine d'une gouellette (goélette) francoise
a l'entrée de la baye des Flamans, d'avoir continué au service dudit
capitaine, d'avoir réarmé à St Domingue avec lui pour la
coste de Caraque. Et de s'etre embarqué dans une prise hollandoise
pour Saint Domingue, d'avoir atterré aux Ances a Pitre et y avoir
pillé des francois qui y faisaient la pêche: pour servir de
quoi le condemne à servir de forcat sur nos galères a perpetuité,
ses biens acquis et confisqués et...déclare pareillement atteints
Pierre BRUARD dit "Bocachia", porteur de la prétendue commission,
de Laurent DANIEL, ce capitaine de la prise, Francois VELASER, Jean BAPTISTE,
Mulastre, et Antoine JOSEPH, espagnols, d'avoir enlevé le 31e 8 bre
de l'année derniere la gouelette francoise "La VERGUE",de Louisbourg,
commandée par le sieur DUPONT, a l'entrée de la Baye et d'avoir
mis a terre aux Ances a Pitre et pillé des pescheurs francois qui étoient
au dit lieu... les condemne à servir de forcats sur nos galères
pendant l'espace de trois ans....déclare que la gouellette "L'Anne
CORNELIER" sur laquelle les accusés ont été pris....confisquée
à notre profit....dite sentence et conclusions....seront executées
(les accusés avaient fait appel). Donné au Port au Prince
le 15 mars 1753 " (3). L'information
de la fin de l'infortuné corsaire retraversa-t-elle l'Atlantique
?. Elle n'était pas , à ce qu'il semblerait, perpetuée
dans la tradition familiale.
Michel Poirier (1)
A.D. Nantes, registres Hotel-Dieu (2) Généalogie aimablement
fournie par M. Stephen White, Université de Moncton. (3) Copie du jugement
redigée le 13 juin 1753.Source: ADLA, Marine, JJ, désarmement 1753.
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