1816 : l’année sans été

New England Historical Society
Source: New England Historical Society

La rétrocession de l’archipel s’est déroulée dans les pires circonstances climatiques de l’histoire moderne.

Alors que se profile à l’horizon le bicentenaire de la dernière rétrocession des îles Saint-Pierre et Miquelon à la France, une lecture attentive des archives, éphémérides et ressources contemporaines font émerger un fond climatique désastreux.

De sévères perturbations du climat, sans aucun doute causées par ce qu’on dénomme un « hiver volcanique » ont sévi en Europe, le nord-est des Etats-Unis et les provinces britanniques qui constituent aujourd’hui le Canada.

Le dérèglement climatique fut si sévère que les températures pouvaient varier de 20 à 30 degrés en peu de temps. Ainsi le 6 et 7 juin 1816, une tempête de neige déversa plus de 20 cm de neige sur Québec, 30 cm sur la Nouvelle-Écosse, le Nouveau Brunswick et une partie de la Nouvelle-Angleterre. S’ensuivit de nombreuses gelées qui détruisirent tout autant de récoltes jusqu’au début de juillet. Un retour à la normale dura quelques semaines mais ce n’était qu’un court répit. Dès la mi-août on vécut le retour des gelées et de nouvelles pertes agricoles à travers la façade atlantique du continent nord-américain.

Qu’en était-il aux îles, récemment rendues à la France ?

Selon les éphémérides, malgré l’abondance de la morue sur les bancs, le commandant rapporta au ministère que « les armateurs ont risqué de faire une mauvaise année à cause du temps désolant qu’il n’a cessé de faire depuis le commencement de la pêche. » [Ephémérides du 01 août 1816, SASCO, LEHUENEN].

En septembre de 1816, les îles furent frappées par un fort ouragan : « La mer est épouvantable. A Miquelon, les tentes servant encore d’abri à plusieurs familles et celle abritant les approvisionnements sont enlevées par le vent. Les bâtiments en rade subissent de graves avaries. On n’a heureusement à déplorer aucune perte de vie humaine. » [Ephémérides du 01 septembre 1816, SASCO, LEHUENEN]

Le 5 septembre, le commandant Jean Philippe Bourrilhon fit savoir au ministère que l’archipel souffrait de brumes continuelles et que la morue pourrissait sur les graves. [Ephémérides du 05 septembre 1816, SASCO, LEHUENEN]

D’autres sources font état de brumes sèches sur la côte est des Etats-Unis, de couleur rougeâtre : des suspensions de particules volcaniques.

En novembre, on avise de nouveau le ministère « qu’à cause du mauvais temps continu, la masse des habitants n’a presque rien fait et qu’un excédent de 91 rations sur les 645 allouées a dû être prévu. » [Ephémérides du 04 novembre 1816, SASCO, LEHUENEN]. Au milieu du mois de novembre, une goélette du roi est jetée à la côte par une nouvelle tempête. [Ephémérides du 14 novembre 1816, SASCO, LEHUENEN].

The Republican Farmer, 22 juin 1816
The Republican Farmer, 22 juin 1816

C’est dans ce contexte climatique terrible que les premiers habitants de l’archipel ont tenté de refonder la colonie de Saint-Pierre et Miquelon. L’hiver volcanique, sans aucun doute la conséquence de l’éruption du volcan Tambora en Indonésie en avril 1815 ne se limita pas à l’année 1816 mais eut pour conséquence des dérèglements climatiques jusqu’en 1818.

Nos ancêtres ont-ils regretté leur retour dans l’archipel ? Nul ne le sait car nous n’avons pas de témoignages directs, mais la situation en Europe n’était guère meilleure. Famines et disettes en Suisse et certains états allemands, épidémies causées par le climat frais en Irlande, 1816 fut une année si terrible que même les vins de France furent mauvais.

1816 n’est pas que le bicentenaire de la rétrocession, c’est l’anniversaire d’un événement climatique d’exception : l’année la plus froide des 500 dernières années.

Pour en savoir plus :

Marc Albert Cormier

Marc Albert Cormier est originaire des îles Saint-Pierre et Miquelon. Passionné par l'histoire de son archipel natal, il a consacré d'importants moyens à la mise sur pied de ce projet d'encyclopédie virtuelle et historique.

2 pensées sur “1816 : l’année sans été

  • août 21, 2015 à 1:01
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    J’ai publié en janvier 2015 aux éditions Persée un ouvrage intitulé « 1816 L’année sans été » qui restitue le témoignage d’un paysan vigneron jurassien sur la catastrophe économique de cette année maudite. Il s’agit d’un témoignage exceptionnel par le caractère unique de cette période climatique, par la qualité d’écriture et d’analyse du chroniqueur, par la conservation de ce manuscrit rédigé depuis 1697 jusqu’en 1860 par les membres successifs d’une même lignée. Ce manuscrit a été numérisé et homologué par les Archives départementales du département du Jura et il est disponible sur la Fnac, Amazone,Leclerc C.discount et quelques librairies jurassiennes.

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  • octobre 27, 2015 à 8:58
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    Bonsoir, désolé de n’avoir pas vu votre messages plus tôt. Merci pour ce témoignage et la référence de votre livre. Passionnant sujet !

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