1892 – Disparition de Michel Laffitte, crieur public

1892 – La feuille officielle des îles St-Pierre-et-Miquelon
22 janvier 1892. N 4. 27e année.
Feuille officielle
Paraissant tous les vendredis.

Image extracted from page 115 of The Cruise of the Alice May in the Gulf of St. Lawrence and adjacent waters. With numerous illustrations by M. J. Burns., by Benjamin, Samuel Greene Wheeler. Original held and digitised by the British Library.
Image extracted from page 115 of The Cruise of the Alice May in the Gulf of St. Lawrence and adjacent waters. With numerous illustrations by M. J. Burns., by Benjamin, Samuel Greene Wheeler. Original held and digitised by the British Library.

Le crieur public

Michel Laffitte qui vient de mourir restera dans les souvenirs de tous ceux qui l’ont connu, comme le modèle de la ponctualité. C’est lui qui lattait la retraite, et si les habitants n’eussent pas entendu, au coup de dix heures du soir, les ran plan plan traditionnels, ils eussent certainement cru à une catastrophe. Pendant plus de trente ans, Michel Laffitte a été exact comme un chronomètre, et par tous les temps, contre vents et marées, il agitait ses baguettes de tambour sur la peau d’âne ridée, avec la conviction qu’il était un homme utile et que ses concitoyens n’attendaient que ses ra et ses fla pour se mettre au lit.

Cet excellent homme cumulait les fonctions de tambour de ville et celles de crieur public. Aux ventes à l’encan, il avait toujours le petit mot pour rire et assaisonnait les adjudications de plaisanteries plus ou moins risquées qui faisaient pâmer l’auditoire. Avec sa barbe en fer à cheval, il avait la figure impassible, ce qui augmentait le sel de ses réflexions drôlatiques.

Il y a quelques années, une revue-magazine de Boston lui avait consacré ces quelques lignes, dues à la plume d’un voyageur qui avait noté, en passant, cette curieuse figure:

« Le crieur de ville est un des plus originaux des rues de St-Pierre. Un négociant vient-il de recevoir des marchandises, c’est par son intermédiaire qu’il en informera sa clientèle. C’est encore lui qui annonce les fêtes populaires, le tir à la carabine, les représentations théâtrales. Il est en uniforme, et prélude à toutes ces annonces par une éclatante fanfare de clairon. Comme il va de rue en rue, il est ordinairement escorté d’une bande de gamins,  marchant au pas, et chantant l’hymne national de la Marseillaise. Mais ou le clairon du crieur de ville fait surtout merveille, c’est  quand il arrive sur le quai, auprès de la fontaine de bronze qui le décore. Chacun s’arrête dans son travail, et l’on fait cercle autour  de lui pour ouïr ce qu’il va annoncer. Sûr de la curiosité dont il est le centre, il déplie gravement son papier et en donne lecture avec des pauses de prédicateur. »

Hélas ! tout a une fin. Après avoir tant claironné, battu la retraite, ce pauvre Michel a obéi au rappel de là-haut. Il a été enterré samedi dernier au milieu d’un grand concours d’amis et de connaissances. Sur sa tombe, M. Louis Boutillier, capitaine-commandant des sapeurs pompiers, a prononcé d’une voix émue la mâle allocution suivante :

Messieurs,

La Cie des Sapeurs-Pompiers vient de faire une perte douloureuse : Michel Lafitte était un de ses membres les plus dévoués.  A l’affluence qui se presse autour de cette tombe, on voit qu’il ne comptait à St-Pierre que des amis et que la population toute entière partage les regrets de ses camarades. Michel Lafitte était notre doyen et son expérience nous a été souvent d’un précieux secours. I3on, affable, obligeant, toujours un des premiers aux incendies, puisqu’il était chargé de donner l’alarme, le caporal-clairon Michel Lafitte emporte l’estime unanime de ce pays.

Nos rangs s’éclaircissent de jour en jour, c’est à vous que je m’adresse, les anciens. Heureusement les jeunes gens comblent les vides et suivront, je n’en doute pas, les traces de leurs aînés

La vie de Michel Lafitte doit être un exemple et un encourage  ment pour ceux qui entrés récemment dans la C° n’en connaissent encore que les fatigues. Michel Lafitte a été plus de trente fois au feu. et a eu sa part d’honneur.

Quand votre expérience comptera autant de glorieuses étapes, jeunes sapeurs, on dira de vous : ce sont des braves.

Au nom de la Cie des Sapeurs-Pompiers de St-Pierre, je salue la dépouille mortelle de Michel Lafitte et je lui dis adieu.


NOTE : Ephémérides du 13 juin 1865

Michel Lafitte, basque d’origine, est nommé tambour de ville. Pendant plus de 25 ans, Lafitte battit ou sonna la retraite, la générale et annonça les ventes publiques au son du tambour ou du clairon. Il exerçait aussi les fonctions de crieur public. De nature joviale et primesautière, facétieux, il possédait le talent de faire monter les enchères. Inutile de dire que ce brave homme était devenu vite très populaire. Il est mort en 1892.

Grand Colombier

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