1891 – Nécrologie Edouard Littaye

Edouard Joseph Marie Littaye
Edouard Joseph Marie Littaye. Source: ancestrylibrary.ca

Feuille Officielle des îles Saint-Pierre-et-Miquelon, 16 janvier 1890, page 9.

Dimanche dernier, 11 janvier ont eu lieu à St Pierre les obsèques d’un des plus anciens habitants de notre colonie, M. Littayé (Edouard), né à Saint Malo le 3 novembre 1803.

Venu dans la colonie, au printemps de 1820, par un des navires de la maison Thomazeau; il prenait en 1836 la gestion des intérêts importants de ces armateurs.

En 1850 M. Littayé a accompli une première carrière commerciale ; trente ans passés à lutter contre toutes les difficultés qu’ont rencontrées les premiers colons, trente ans passés à faire renaître la grande industrie de la pêche après la rétrocession par les anglais de la colonie à la France.

En cette année les fonctions de Trésorier-payeur se trouvent vacantes; elles lui sont offertes par le Commandant de la colonie, qui veut à la fois récompenser ses services et avoir en lui un fonctionnaire à l’expérience duquel il a si souvent recouru dans ses décisions.

Cette situation nouvelle doit lui apporter et le repos relatif qui convient à son âge et des avantages pécuniaires considérables. Il faut néanmoins toutes les sollicitations de ses amis pour qu’il se décide à quitter l’honorable maison Thomazeau.

Il n’oublia jamais, d’ailleurs, cette première partie de sa vie et pendant la dernière campagne de pêche, 40 ans après s’être retiré des affaires commerciales, on le rencontre fréquemment, vieillard de 86 ans, sur la route de cette ancienne habitation à la prospérité de laquelle il ne peut rester étranger.

En 1866 c’est avec non moins de tristesse qu’il se démet après seize ans d’exercice. des fonctions de Trésorier en faveur de son fils Ernest, que sa situation d’officier du Commissariat pouvait appeler à quitter la colonie. M. Littayé, profondément attaché au sol de nos iles, décidé à finir ses jours dans le pays où il s’était si justement acquis l’estime unanime des habitants, voulait conserver ici un noyau de famille. Hélas, la Providence en a décidé autrement, son fils mourut en 1884; mais le nom de Littayé fait partie de la grande famille Saint Pierraise, il appartient à l’histoire de cette petite colonie et c’est la ville entière qui a accompagné le corps de ce vieillard vénéré, dont M. Caperon,

Chef du service Judiciaire, a si fidèlement retracé le caractère dans les paroles qu’il a prononcées sur la tombe:

Messieurs, –

Dans la foule respectueuse qui m’entoure, je ne démêle pas sur les physionomies ce sentiment d’effroi qu’inspire la mort d’ordinaire, quand elle a frappé un des notres. C’est qu’en effet M. Littayé a eu l’heureux privilége de fournir une longue et honorable carrière. Arrivé presque à la limite de la longévité humaine, il disparaît, parce que c’est la loi inéluctable, et suivant le verset psalmodié tout à l’heure sur sa tombe, « Revertitur in terram sua unde erat, et spiritus redit ad Deum qui dedit illum… »

Vie bien remplie que celle de M. Littayé, et pleine d’enseignement! Il était venu en 1820 aux îles St Pierre et Miquelon. 1820!.. Vous représentez-vous, Messieurs, ce qu’était la Colonie à cette époque? Ce n’était pas comme aujourd’hui la vie facile avec la multiplicité des communications, les courriers postaux tous les quinze jours, le télégraphe à la portée de tout le monde, les approvisionnements en abondance. Non, en 1820, la colonie, à peine redevenue

française, était un petit coin de terre qu’on pouvait croire situé aux antipodes. Pendant les longs mois d’hiver, on vivait claquemuré, sans nouvelles du dehors, dans un isolement tellement profond que, pour ne pas céder au découragement, il fallait une bien grande cordialité dans les relations. Et ne vous semble-t-il pas comme à moi que l’homme, objet de nos regrets, par le charme de sa conversation, par son humeur égale et enjouée, devait être, dans sa prime jeunesse, l’âme de ces réunions où les premiers colons mettaient en commun leurs joies et leurs peines, et resserraient entre eux les liens de solidarité au point de ne faire qu’une famille ? 1820-1891, quelle longue étape, et sur ce parcours qui embrasse tant d’années, que de figures disparues, notées dans la mémoire de M. Littayé.

Il était intéressant de l’entendre dans ces derniers temps raconter ses souvenirs personnels sur les hommes qui avaient marqué leur passage dans la colonie. En avait-il vu se succéder et des Commandants et des Ordonnateurs et des Chefs de service !.. Toujours en termes cordiaux avec les représentants de l’autorité métropolitaine, il les avait eus tous comme amis, et vous voyez, Messieurs, qu’il ne s’en est pas plus mal porté pour cela…

L’assistance qui se presse autour de cette tombe témoigne qu’on peut arriver à gagner l’estime générale, sans briguer par une opposition brouillonne une popularité éphémère et de mauvais aloi.

Littayé appartenait à cette forte génération sortie du sang même des hommes de la grande Révolution. Il avait l’énergie, l’opiniatreté, le respect de soi-même qui étaient les traits caractéristiques de cette génération, vertus communes à bien des contemporains de M. Littayé, hardis pionniers qui par leur travail, leur activité incessante, leur probité, contribuaient à propager au dehors le bon renom de cette colonie. Parmi ses compagnons de la première heure, plusieurs ont fait fortune et sont allés en France jouir en paix des fruits de leur labeur. Lui, Littayé, s’est attaché à cette terre, soeur de la mère-patrie, avec un amour invincible. Il s’y est fixé; il a dirigé l’éducation de ses deux fils qu’il a vus débuter sous ses yeux dans des carrières où leur mérite a été justement apprécié. Si, en 1884, la mort de son fils Ernest, le trésorier, a assombri ses dernières années, au-moins a-t-il eu la consolation, avant de mourir, de voir ses petits-fils continuer au service de l’Etat les nobles traditions dont il leur avait donné l’exemple. Que la considération publique qui s’attache au nom de Littayé survive à celui qui n’est plus et se reporte sur une famille pour qui les mots: honneur et loyauté sont en quelque sorte la dévise.

Mais ce que je voudrais essayer de mettre en relief, Messieurs, c’est la figure vivante de M. Littayé, tel que nous l’avons connu dans ces derniers temps. La générosité de son coeur ne se bornait pas seulement aux affections de famille, ce qui n’est trop souvent qu’un mode particulier d’égoïsme; cet excellent homme aimait à se: pour rendre service à ceux qui se réclamaient de son obligeance. Le nom de M. Littayé était associé aux joies comme aux peines qui venaient traverser un foyer. Qu’une jeune fille de condition modeste, sans soutien ou sans parents. vint à se marier, c’était à M. Littayé qu’elle s’adressait pour la conduire à l’autel. Et dans ce champ du Repos où on vient de le déposer, combien de fois alerte, malgré son âge, n’en a-t-il pas gravi la montée difficile?Il était le suivant fidèle et empressé de bien des convois, riches ou pauvres, est-ce que son coeur regardait à la classe ?

Il avait le culte du souvenir, des amitiés anciennes. et les deuils qui frappaient certaines familles le touchaient d’autant plus vivement que la jeune femme, si c’était une jeune femme à laquelle il apportait le tribut, obligatoire pour lui, de la dernière conduite, il l’avait vue élever, et avait connu sa mère parée des grâces de la jeunesse…

Il était compatissant. Sa bourse s’ouvrait à bien des infortunes, quelquefois, je dois le dire, assez mal récompensé de ses libéralités, mais quand ça lui arrivait, il en parlait sans acrimonie, estimant qu’il valait mieux être dupe que de laisser une misère sans la sécourir. Il n’avait pas de plus grand plaisir que de faire plaisir, et, à propos d’un anniversaire, d’une date qu’il supposait devoir vous être agréable, on le voyait accourir portant des fleurs ou des gerbes, coupées dans son jardin à votre intention…

J’aimais ce vieillard au coeur juvénile, et je ne puis le voir disparaître, sans songer que c’est une figure que nous ne verrons jamais plus, et c’est dommage… Monsieur Littayé, la colonie vous dit adieu par ma voix; toute une ville vous a fait cortège; toute une ville ici présente rend justice à vos rares et précieuses qualités qui faisaient de vous un homme de bien, profondément regretté.

Les cordons du poële étaient tenus par : Caperon, Chef du service Judiciaire; Ledret (Eugène), Chevalier de la Légion d’honneur; Grézet, Représentant de la maison Thomazeau; Willote,

Trésorier-payeur p. i.

Un piquet fourni par le détachement des disciplinaires a rendu les honneurs militaires au défunt qui était Chevalier de la légion d’honneur.


Ephémérides du 14 novembre 1844
M. Edouard Littaye, négociant, membre du conseil du gouvernement, est provisoirement nommé trésorier-payeur de la colonie, en remplacement de M. Renaud rentrant en France.


Ephémérides du 16 mai 1831

Le gouvernement avant besoin de farine, le commandant propose d’en faire acheter 100 barils par M. Littaye, commis de la maison Thomazeau qui se rend à Boston pour les affaires de cette maison. Le Conseil d’administration accepte cette proposition.


11 décembre 1873

Littaye Ed, commissaire-adjoint, chef du service administratif jusqu’au 25 janvier 1874.


Ephémérides du 19 juillet 1849

Pour la deuxième fois, M. Littaye, Edouard, négociant, est appelé à exercer provisoirement les fonctions de Trésorier-payeur, en remplacement de M. Cuny, rentrant en France. Le commandant propose au ministre de le titulariser dans cette charge.


Ephémérides du 01 juillet 1850

Edouard Littaye, nommé Trésorier-payeur de la colonie par décret du 6 mai précédent, est installé dans ses fonctions.


Ephémérides du 12 septembre 1856
Le conseil d’administration constitué en conseil général, composé de MM. Gervais, commandant, Gilbert, Pierre, ordonnateur, Duhamel, chef du service judiciaire, Jore, contrôleur colonial, Demalvilain, habitant notable, Edouard Littaye, secrétaire, vote une somme de 3 500 francs pour parer aux dépenses occasionnées par le percement de la route de Savoyard qui, déjà, après 15 jours de travail offre sur un parcours d’un kilomètre, une voie large de 7 mètres, commode et perfectionnée comme les routes de France. Ces dépenses consistent en une rémunération de 0 fr. 50 par homme et par jour. Indemnité à l’officier, directeur des travaux, confection de 10 ponceaux; achats d’outils pour remplacer ceux prêtés par la population. Et afin d’éterniser le souvenir du séjour sur rade de la frégate sur laquelle flotte le pavillon de M. l’amiral Hernoux, initiateur du travail, le Conseil, à l’unanimité, émet le vœu que la route confectionnée par ses marins porte le nom de ‘ l’Iphygénie ‘.


Ephémérides du 01 juillet 1861
Ouverture d’une salle d’asile à Saint-Pierre, sous la direction de 2 sœurs de Saint-Joseph de Cluny. M. Ernest Littaye, nommé Trésorier-Payeur de la colonie en remplacement de son père, M. Edouard Littaye, entre en fonctions.


Ephémérides du 13 août 1863
M. Edouard Littaye, trésorier-payeur de la colonie est nommé Chevalier de la Légion d’Honneur.


Ephémérides du 07 mai 1870

Le transport de l’état ‘Eurydice’ mouille sur rade de Saint-Pierre, passagers : M. Littaye, sous-commissaire de la marine, 33 marins de l’état, un détachement d’artillerie de marine commandé par le maréchal-des-logis Pernet un sergent-major 4 caporaux d’infanterie de marine et 37 fusiliers de discipline commandé par le lieutenant Dupuy et le sous-lieutenant Cegot de l’infanterie de marine.


Ephémérides du 30 janvier 1873

Littaye Edouard, sous-commissaire de la marine, prend l’initiative de dresser la carte des naufrages survenus sur les côtes de la colonie depuis 1816. Cet intéressant travail est approuvé par le ministre.


Ephémérides du 07 décembre 1884

Mort à Saint-Malo, de M. Ernest-Benjamin Littaye, trésorier-payeur de la colonie, né à Saint-Pierre. Il remplit avec distinction ses délicates fonctions, suivant en cela les excellentes traditions de son père, M. Edouard Littaye auquel il avait succédé.


Ephémérides du 09 janvier 1891

Mort, à l’âge de 88 ans, de M. Édouard Littaye, Chevalier de la Légion d’Honneur, natif de Saint-Malo, M.Littaye était arrivé à Saint-Pierre en 1820. Il débuta dans le commerce; puis les fonctions de Trésorier-Payeur lui furent conférées; il les exerça pendant 16 ans, pour les passer ensuite à son fils Ernest prématurément enlevé à l’affection des siens. M. Littaye profondément attaché au sol de nos îles avait décidé de finir ses jours dans ce pays où il s’était justement acquis l’estime unanime des habitants.

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